Antisémitisme et antiféminisme dans le champ intellectuel
Gisèle Sapiro
n°37-38 (2009) Production culturelle et ordre symbolique
pp. 139-147
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Résumé de l’article
Cet article propose quelques hypothèses pour réfléchir à la forme spécifique qu’ont prise l’antisémitisme et l’antiféminisme dans le champ intellectuel du XIXème au XXème siècle, à travers le cas français. Associer antisémitisme et antiféminisme permet de réfléchir plus généralement aux mécanismes de la stigmatisation et de l’exclusion dans un milieu donné, indépendamment des propriétés particulières des groupes sociaux stigmatisés. Cette démarche s’inscrit dans une approche anti-essentialiste qui, dans la tradition de Merton, de Goffman et d’Elias, s’interroge sur les fonctions de la stigmatisation au sein des groupes sociaux dont elle émane. Au sein du champ intellectuel, l’article distingue les professions organisées, qui ont le pouvoir d’instaurer des barrières, telles que le numerus clausus, à l’entrée, de celles qui ne le sont pas, comme le monde des lettres, où le recours à la stigmatisation en tient lieu. A la suite des travaux de Victor Karady sur l’antisémitisme, on peut distinguer différents types de rhétorique de stigmatisation, qui sont inégalement distribuées aux différents pôles du champ intellectuel. L’articulation entre antisémitisme et antiféminisme prend cependant des formes spécifiques dans cet univers, où elle est retraduite selon des enjeux et valeurs propres.
